
On peut tirer deux leçons de la catastrophe de Fukushima: l'un des points faibles d'une centrale nucléaire est son approvisionnement en énergie et la contamination alimentaire est difficile à surveiller suite à une crise nucléaire…6 mois après le drame alors que les touristes reviennent au Japon, les habitants du nord du pays continuent de pâtir des conséquences de cette catastrophe.
Ce n'est pas le tremblement de terre, ni le tsunami qui ont provoqué la crise nucléaire à Fukushima mais l'arrêt de son alimentation électrique.
Malgré les nombreux systèmes de secours mis en place, l'électricité n'a pu être rétablie à temps pour empêcher l'emballement des réacteurs.
L'on peut tirer de nombreux enseignements de la catastrophe de Fukushima, notamment qu'il est très difficile de rétablir l'alimentation électrique d'une centrale lors de certains phénomènes qui peuvent se produire en cas d'événement majeur comme des tremblements de terre, des tsunamis, des guerres mais aussi des tempêtes solaires géomagnétiques.
Par exemple, une forte tempête solaire géomagnétique dirigée vers la terre pourrait engendrer l'arrêt de multiples réseaux électriques (en faisant fondre le cuivre des transformateurs) et donc l'alimentation de plusieurs centrales nucléaires si cette coupure se poursuivait dans le temps. Les alimentations de secours par groupes électrogène pourraient être difficiles à mettre en oeuvre du fait des problèmes causés par une coupure géante car tous les systèmes modernes sont interconnectés: arrêt de l'alimentation en eau, panne de certaines automobiles, ordinateurs, réseaux du fait de composants électroniques défaillants…
Cette hypothèse n'est pas farfelue ni à prendre à la légère: selon Jon Kappenmann cité par la NASA, une tempête électromagnétique comme celle de Mai 1921 pourrait engendrer des courants électriques 10 fois supérieurs à ceux enregistrés au Québec en mars 1989 (6 millions de personnes ont été coupés du réseau électrique pendant 6 heures).
Ainsi aux Etats-Unis par exemple 130 millions de personnes pourraient être coupées du réseau et 350 transformateurs pourraient être endommagés de manière permanente: un problème important car ces transformateurs peuvent prendre des mois ou des semaines à réparer (voir https://science.nasa.gov/science-news/science-at-nasa/2009/21jan_severespaceweather/).
Ne parlons d'une tempête comme celle de 1859 qui avait provoqué l'explosion de lignes télégraphiques aux Etats-Unis et l'incendie de systèmes télégraphiques!
Le sujet est d'autant plus d'actualité que la NASA a averti récemment (le 27 septembre 2011) que de fortes tempêtes électromagnétiques étaient en cours et que deux des plus importantes émissions de X Flares de ces 4 dernières années avaient eu lieu le 15/02/2011 (le séisme de Christchuch a eu lieu peu après le 22/02) et le 9/03/2011 ainsi qu'un fort CME le 10/03 (Coronal Mass Ejection la veille du tremblement de terre au Japon, voir à ce sujet: https://www.nasa.gov/mission_pages/sunearth/news/News031011-xclass.html).
Le soleil est en effet entré dans un nouveau cycle de forte activité (tous les 11 ans, nous en sommes au cycle 24).
Les colères du soleil seraient-elles la cause du tremblement de terre du 10/03 dernier au Japon et de celui de Christchurch en Nouvelle-Zélandé Les experts restent divisés.
Impact à long-terme sur la chaîne alimentaire au nord du pays?

Alors que de l'Iodine 131 avait été détectée dans les airs, dans le sol et dans l'eau jusqu'à Tokyo, les niveaux de contamination sont maintenant quasi indétectables pour l'Iodine 131 (8 jours de demi-vie).
D'autres contaminants comme le Césium 134 et 137 posent toujours des problèmes mais principalement dans la zone autour de Fukushima.
De plus, le gouvernement japonais a levé les consignes de préparation à l'évacuation pour les personnes habitants au delà de 20 kms autour de la centrale nucléaire de Fukushima: les communes d'Hirono et une partie des communes de Tamura, Minamisoma , Kawauchi et Naraha sont concernées.
Cette décision a été prise alors que les 3 réacteurs qui avaient été grandement endommagés lors du tsunami de mars 2011 ont désormais une température inférieure à 100 degrés Celsius.
Aujourd'hui, le principal défi pour le gouvernement japonais reste le suivi de la contamination au niveau de la chaîne alimentaire sur terre et en mer et c'est l'autre leçon que l'on pourrait tirer de Fukushima mais aussi de Tchernobyl: la contamination des aliments est beaucoup plus difficile à déceler que la contamination de l'air.
Alors que des niveaux de contamination élevés ont été décelés dans les épinards, des cargaisons de boeuf, du thé et du lait ces derniers mois, la découverte de taux de radioactivité de l'ordre de 500 becquerels par kilos sur du riz récolté à Nihonmatsu (à 56 kms de la centrale de Fukushima) le mois dernier (septembre 2011) a relancé le débat sur la contamination des aliments au delà des zones les plus touchées.
Pourtant à Nihonmatsu, le riz avait été planté dans une terre contaminée à hauteur de 3000bq/kg, loin du seuil d'interdiction de plantation de 5000 bq/kg fixé par le gouvernement.
Les mesures n'auraient donc pas du atteindre 500 bq/kg.
Le gouvernement estimait en effet jusqu'à présent que seul 10% du césium est transféré dans les plantes: les prélèvements de riz à Nihonmatsu montrent que ce taux peut être supérieur dans certains cas.
Selon des tests effectués dans 580 sites entre avril et fin août dans 6 préfectures dont Fukushima, Tochigi et Gunma, 40 sites présentaient des taux excédant 5000 becquerels par kg (limite maximum du gouvernement pour récolter et faire pousser du riz): le nombre de sites à surveiller pourrait donc être bien supérieur.
Pour le moment le gouvernement japonais se contente d'aider les autorités pour s'équiper d'appareils de mesure de la contamination, particulièrement dans les écoles: les enfants étant plus sensibles à la radioactivité (y compris les bébés des femmes enceintes, notamment au niveau de l'impact sur l'ADN). 70 machines seront déployés dans tout le pays.
Le gouvernement parie en effet sur le fait que d'ici moins d'un an le césium encore présent devrait se combiner aux minéraux et ne pourra plus être absorbé par les plantes.
Une contamination diffuse en mer…avec effet boomerang
En mer la radioactivité continue à être importante au large de Fukushima: des niveaux de 10000 becquerels par mètre cube (100000 en avril 2011) ont été détectés en juillet 2011 par un chercheur de l'institut océanographique Woods Hole aux Etats-Unis suite à l'analyse de prélèvements.
A titre de comparaison, avant la catastrophe ce taux était de 1,5 becquerel par kilo.

La société océanographique du Japon a d'ailleurs demandé à ce que le gouvernement indique les taux de radioactivité dans l'eau car elle même si elle est inférieure à la limite légale, la radioactivité peut être concentrée dans certaines espèces de poissons: on a constaté une contamination significative sur certains poissons plats et des algues notamment.
Aujourd'hui même si la pêche a été autorisée au large de la centrale, elle est interdite près des côtes de Fukushima.
Et la contamination pourrait bien revenir au Japon dans le futur: ainsi selon le Mainichi, la menace pourrait être à nouveau présente d'ici 20 ou 30 ans.
Selon ces chercheurs le Cesium devrait d'abord se diriger vers l'est du Pacifique Nord puis vers le sud-ouest à l'est de la ligne Internationale de changement de date avant qu'une partie revienne vers les Philippines puis le Japon d'ici 20 à 30 ans (voir https://mdn.mainichi.jp/mdnnews/news/20110914p2g00m0dm104000c.html).
Il faut cependant mettre en relation les rejets de Fukushima et ceux des esssais atomiques qui ont eu lieu dans le Pacifique: selon des experts du Meteorological Research Institute et du Central Research Institute of Electric Power Industry, les 13500 terabacquerels de Cesium 137 déversés de mars à Mai dans la mer et dans les airs sont seulmeent légèrement supérieurs aux quantités rejetées par les essais atomiques dans le Pacifique.
Changements d'habitude de consommation…et de vie pour des milliers de japonais
Afin de relancer l'économie, les japonais ont été incités à consommer des produits des préfectures du nord-est: «des personnes de ma famille mangent des produits de la région autour de Fukushima car le gouvernement nous a assuré que ces produits étaient sains» nous a confié une franco-japonaise.
Début septembre, la fédération syndicale agricole Ja a même lancé une vente spéciale à Tokyo pour commercialiser des des fruits et légumes des provinces du nord-est afin de relancer l'économie.
Mais alors que certains habitants font confiance au gouvernement, d'autres inspectent méticuleusement l'origine des emballages dans les supermarchés comme les 7-Eleven présents dans tout le pays par mesure de précaution.
Certains sites indiquent d'ailleurs comment faire pour éviter le manger des produits contaminés: laver soigneusement les légumes, faire bouillir ou cuire la viande, les légumes, les poissons (comme nous l'a conseillé un médecin de l'IRSN) réduit fortement la contaminations des aliments.
Pour les touristes le risque est moins important vu le temps de séjour: pour ceux qui sont inquiets ils peuvent toujours éviter les produits en provenance du nord ou certains aliments à risque comme les légumes à feuilles large (laitues, épinards...), les champignons, le lait et produits laitiers et dans une moindre mesure la viande de boeuf et certains fruits de mer et poissons.
Durant les mois de juillet et aoùt, plus de 6000 résultats d’analyses de viande ont été communiqués, dont 120 ont révélé des niveaux de contamination en césiums dépassant les normes japonaises. Les mesures effectuées dans les échantillons de bœuf du 2 septembre indiquaient encore 901 Bq.kg-1 frais de césiums à Namie-machi et 570 Bq.kg-1 frais à Shirakawa.
Des analyses sur de la viande de sanglier (« boar meat ») commencent à étre publiées sur le site du MHLW. Les mesures effectuées sur les prélévements réalisés dans la préfecture d’Ibaraki entre le 7 et le 16 septembre (une quinzaine de prélévements) montrent des dépassements des normes japonaises, jusqu’à 1040 Bq.kg-1 frais de césiums dans le prélévement effectué à Hitachi.
Selon l'IRSN, les dépassements des normes de commercialisation ou de consommation ont concerné : des fruits (yuzu) cultivés dans la Préfecture de Fukushima, es feuilles de thé de la deuxiéme et de la troisiéme récolte de l’année dans plusieurs préfectures, certains champignons (log-grown, pholiota nameko et apricot milkcap de la Préfecture de Fukushima) et de la viande de bœuf issue des Préfectures de Fukushima, Miyagi, Iwate, Tochigi et Akita.
Aujourd’hui, toujours d'après l'IRSN, les denrées qui peuvent encore présenter une contamination significative sont : les végétaux qui portaient déjà leurs feuilles (par exemple les théiers dont le feuillage est persistant ou les yuzu, fruits d’arbustes épineux) ou leurs fleurs (par exemple les abricotiers japonais dont la floraison est précoce) au moment des retombées atmosphériques, les végétaux cultivés sur des terres contaminées (risque de transfert par les racines) et les productions (lait et surtout viande) d’animaux nourris avec de l’herbe ou du fourrage contaminé.
Heureusement les touristes reviennent!
A Kyoto alors que le Westin affichait des taux d'occupation de 30% en mars, avril 2011 (contre 95% en 2011!), l'été a été marqué par une reprise avec des taux avoisinant 70% et la rentrée s'annonce encore meilleure avec des taux prévus de 75%.
De nombreux touristes étrangers reviennent au Kansai (Osaka, Kyoto, Nara) un région à la mode actuellement: cela tombe bien car le Kansai abrite des villes historiques parmi les plus belles du Japon comme Kyoto, Nara ou le mont Koya San (une merveille) et la presqu'île de Kii avec ses onsens et ses nombreux sites religieux.
Pour les touristes, un voyage au Japon aujourd'hui est relativement sûr dans la majorité du pays, particulièrement au centre et au sud du pays: la contamination aérienne ayant été limitée principalement dans les régions au nord de Tokyo.
Quel avenir pour le nucléaire au Japon et dans le mondé
La reconstruction de la zone de Tokohu devrait coûter plus de 300 milliards de dollars, et de nombreuses zones autour de Fukushima pourraient être désertées pendant des décennies avec des taux de 500 millisieverts par an (contre 1 mSv pour la limite légale qui a été augmentée à 10 mSv après la catastrophe et même 20 mSv pour la préfecture de Fukushima).
Pour des milliers de personnes, dont les maisons sont désormais inhabitables pour longtemps, la catastrophe nucléaire a changé leur vie.
Pourtant, malgré les avertissements de Nagasaki, Hiroshima, Tchernobyl et Fukushima, l'humanité continue à faire l'autruche face aux dangers du nucléaire.
Des catastrophes comme celle Fukushima se reproduiront forcément, sans compter les menaces potentielles des armes nucléaires.
A Tchernobyl, selon l'OMS 4000 morts par cancer ont été attribués à la catastrophe, mais des estimations alternatives parlent de 30000 à 900000 morts au total!
La catastrophe de Fukushima semble cependant déjà changer les opinions: certains pays comme la Suisse et l'Allemagne ont décidé d'éradiquer totalement le nucléaire d'ici quelques années, d'autres comme les Etats-Unis ont mis en suspens la construction de certaines centrales.
Au Japon, le gouvernement veut miser sur les énergies renouvelables et n'a pas écarté l'abandon du nucléaire (voir Le-japon-veut-miser-sur-les-energies-renouvelables.html).
La question reste posée: quels risques les hommes et la planète peuvent-ils supporter?
Au Japon ou à Tchernobyl, lorsque l'on voit l'impact de ces catastrophes sur les populations et l'environnement, la réponse semblerait être: risque zéro!
Allez visiter le Japon et faites-vous votre propre opinion à Hiroshima, Nagasaki ou Fukushima: un voyage vaut mieux que tous les discours!
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