L’influence des nations est une question de narratif. La France vit un peu aujourd’hui ce qu’a subi l’Espagne pendant des siècles : un dénigrement qui a servi avant tout les autres puissances. Pour ceux qui lisent l’espagnol, je conseille fortement ce livre acheté lors d’un séjour en Espagne.
Madre Patria raconte comment la découverte de l’Amérique et l'empire espagnol a été discrédités par les puissances concurrentes à l’Espagne.
Alors que l’indigénisme est en fort développement et qu’il pourrait déstructurer les nations latino-américaines, l’auteur rappelle que les peuples présents avant la conquête espagnole ont conquis ces territoires en provenance d’Asie.Et qu'ils n'étaient donc pas autochtones.
Les indiens voulaient la fin des Aztèques et des Incas
Autre point de base à considérer : les conquistadors n’auraient pas pu conquérir ces immenses territoires alors qu’ils n’étaient que quelques centaines sans le soutien des 200 000 indiens qui ont lutté à Tenochtitlan. Ainsi les Aztèques étaient hais par toutes les tribus des alentours de Mexico : des guerres des fleurs étaient organisées régulièrement chez les tribus voisine pour obtenir des prisonniers pour les sacrifices. Des centaines voire des milliers de personnes, femmes, hommes enfants voyaient leurs cœurs arrachés et leurs corps jetés sans pitié au pied des pyramides. Les Aztèques étaient par ailleurs l’une des rares civilisations à être cannibales : les corps étaient ensuite mangés par les prêtres et les dirigeants. On comprends vite pourquoi toutes la familles des tribus voisines voulaient la mort des Aztèques. Et que l’héritage vanté aujourd’hui au Mexique des Aztèques était très peu populaires à l’époque. Au Pérou la situation fut peu ou prou semblable. Les Incas dirigeaient leurs empires d’une main de fer et faisaient également de nombreux sacrifices humains de préférence de membres de tribus non quechua au sommet des volcans. Ils étaient haïs par de nombreuses tribus alors que l’empire pratiquait la travail forcé dans les mines, le contrôle de la vie privée ou le châtiment des dissidents politiques.
Les Espagnols se sont métissés avec les indiens au contraire des Anglais
L’auteur rappelle également que les conquistadors au contrôle des européens aux États-Unis n’ont pas exterminé les indiens d’Amérique au contraire. Le métissage était promu par les rois d’Espagne était une politique d’État et de nombreux métisses ont participé aux guerres espagnoles en Europe ou ont eu une place très importante dans l’empire espagnol tant en Amérique Latine qu’en Espagne. Au contraire aux États-Unis, la politique anglaise était ségrégationniste et les couples anglais-indiens furent relativement rares. Selon l’auteur, « l’Espagne créa un empire, l’Angleterre un impérialisme ».
L'empire espagnol a développé l'industrie, le savoir et la santé
L’Espagne a beaucoup investi pour développer le savoir et les hôpitaux. Qui sait que l’Amérique latine comptait bien plus d’hôpitaux et d’universités que les États-Unis ? En 1790 la ville de Mexico comptait quatre fois plus d’habitants que New York. L’université royale de Mexico fut crée en 1551 bien avant Harvard en 1639 et d’autres universités virent le jour bien avant Harvard comme à Oaxaca, Queretaro, Lima, Santiago...L’empire espagnol était un empire de connaissances et de savoir. C’est l’arrivée d’un roi Bourbon suite à l’invasion du pays par Napoléon qui a précipité la chute de l’empire espagnol et son démantèlement total. Alors que les rois portugais se sont enfuis et ont réussi à conserver leur empire intact depuis le Brésil, le roi de l’poque un Bourbon s’est enfui en France où il a mené une politique incompréhensible pour les Espagnol et les latino-américain. Cela a conduit au développement de mouvements indépendantistes qui ont morcelé les terres de l’empire espagnol au contraire de l’empire portugais : le Brésil est resté un grand pays alors que l’empire espagnol a été morcelé en de multiples pays. On voit bien la différence entre les États-Unis où le pays s’est étendu et en restant uni et l’empire espagnol qui s’est au contraire déstructuré ; L’un s’est développé au dépend de l’autre, la Californie, le Texas et tout le Sud des États-Unis étant auparavant espagnol. L’auteur explique aujourd’hui le morcellement qui guette non seulement en Amérique latine avec l’essor des mouvements indigénistes qui risquent de morceler encore plus les pays ou même en Espagne avec les mouvements basques ou catalans. L’’auteur rappelle que les Catalans étaient historiquement très attachés et liés à l’Espagne mais que la bourgeoisie catalane a joué à un moment contre l’État central alors qu’il voulait réduire les droits de douane et les privilèges accordés à la Catalogne. La Catalogne connaît alors depuis un mouvement indépendantiste qui s’est développé alors qu’historiquement les Catalans comme les Basques ont fortement participé tant à la construction de l’état espagnol qu’à la construction de l’empire.
En résumé, le dénigrement de l’empire espagnol a été voulu par les grandes puissances concurrentes de l’Espagne et cela a très bien fonctionné. L’auteur propose aux espagnols de reprendre conscience de cette identité et de recréer une vaste zone hispano-américaine plutôt que de se focaliser sur l’UE.
Un livre qui devrait être lu par tous les lycéens pour comprendre comment les narratifs et la propagande dominent le monde...
Info pratiques : Madre Patria, marcelo Gullo Omodeo, 15 x 3.1 x 23 cm. Editions Espasa. Prix 20,80 euros TTC.
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